Consulter le site de la Cause de Béatification du prêtre eudiste Rafael García Herreros, Fondateur de l'oeuvre du Minuto de Dios.

VIE ET MORT DU PERE RAFAËL GARCIA-HERREROS. Eudiste (1909 - 1992) 

Le Père Rafaël Garcia-Herreros nous a quittés le 24 novembre 1992. 
De son vivant, il était déjà une gloire nationale et nous le connaissons bien, tant par les livres qu'il a écrits que par les nombreux articles de journaux et de revues qui lui ont été consacrés et par une biographie de 275 pages, publiée en 1985 par le P. Diego Jaramillo.
Les "Cahiers Eudistes" veulent sans tarder davantage évoquer son souvenir. Mais il est trop tôt pour composer une biographie exhaustive. Aussi ces pages se contentent-elles d'emprunter à la revue eudiste colombienne de janvier-mars 1993, "Familia Eudista", un résumé des principales dates de la vie du P. Garcia-Herrros et le texte de l'homélie de ses obsèques. Nous y joignons un extrait d'une prière composée par le fondateur du "Minuto de Dios".


QUELQUES DATES. 
1909 17 janvier, naissance à Cucuta.  1923 Rafael entre au petit séminaire de Pamplona.  1932 Il est reçu dans la Congrégation des Eudistes, le 7 février.  1934 Le 19 août, il est ordonné prêtre à Bogota.  1935 Professeur et éducateur, il commence à écrire ses "Contes", et les publications se succèderont.  1950 A Carthagène,il commence à la Radio la "Minute de Dieu". Le programme sera transmis depuis Cali en 1952, Medellin et Bogota en 1954.  1950 Études de philosophie à Rome. 1955 Le Père Garcia-Herreros est chargé de la revue "Cathedra", qu'il dirigera jusqu'en 1958. 1955 En janvier commence la transmission télévisée de la "Minute de Dieu" (soixante secondes chaque soir), et avec elle la construction de logements pour des familles pauvres de Bogota. 1957 Début du Barrio "Minuto de Dios". 1958 La corporation "Minuto de Dios", engagée dans le développement intégral de la personne humaine et des communautés marginalisées, obtient la personnalité juridique. Fondation du Collège (1958 et 1983). 1961 Première réalisation du "Banquet du Million". 1965 Fondation de la paroisse. 1966 Fondation du "Musée d'art contemporain", inauguré en 1970. 1970 Programme d'amélioration des logements "Promevi" pour les quartiers populaires de Bogota. 1971 Le Théatre. 1979 Fondation d'un collège spécialisé pour les élèves redoublants, unique en son genre: l'Athénée Jean Eudes.
1983 Le "Minuto" collabore à la reconstruction de Popayan, après le tremblement de terre d,avril 83. 1985 Après la tragédie du volcan El Ruiz, il mène l'effort de reconstruction d'Armero. En divers lieux de Colombie, mise en route de nouveaux quartiers, de nouveaux "barrios". 1987 En mai, après une longue préparation, sort de terre l'émetteur radio "Minuto de Dios" "un émetteur à la gloire de Jésus Christ" avec un programme de culture et d'évangélisation. 1989 Fondation de l'Université. 1991 Le P. Garcia Herreros obtient la libération des journalistes séquestrés Maruja Pachon et Francisco Santos, ainsi que la reddition aux autorités du narco-trafiquant Pablos Escobar. 1992 Le Père meurt à Bogota, le 24 novembre, pendant que se déroule le 32e "banquet du Million". Le 26 il est inhumé dans la petite chapelle qu'il appelait "de la prière et du silence".
L'homélie des obsèques  (26 novembre 1992)
 
Voici l'homélie prononcée par le P. Diego Jaramillo, sur la place des étendards du Minuto de Dios: 
"A l'entrée de l'église paroissiale du Minuto, on peut lire sur une plaque de métal: "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu et ton frère l'homme". Ces paroles résument la vie du P. Garcia-Herreros et sont comme son testament spirituel. 
Le P. Garcia-Herreros fut un amant de Jésus Christ, un homme qui ne parlait que du Seigneur et désirait nous voir tous nous convertir en amants de Jésus Christ. De cette même tribune, sur cette place qui était pour lui un sanctuaire, dont les arbres était les colonnes et le firmament, la voûte, il prêchait sans cesse la Bible. 
Il nous parlait du Dieu qui nous a aimés d'un amour éternel, du Dieu qui nous tient attachés par des liens d'amour, du Dieu Père qui a tant aimé le monde qu'il lui a envoyé son Fils unique pour que nous soyons sauvés par lui.. 
Le Père Raphaël nous parlait de Jésus qui nous a aimés comme nous aime le Père, qui nous a invités à demeurer dans son amour, qui nous a prouvé son amour en mourant pour nous alors que nous étions pécheurs (Rm 5,7). 
Le P. Rafael répétait sans cesse les paroles de saint Paul: "Il m'a aimé, il s'est livré pour moi" (Ga 2,20). Et il ajoutait avec l'Apocalypse: "Il nous a aimés, il nous a lavés de nos péchés par son sang  (1 ,5). 
De cet amour du Christ, qui dépasse toute connaissance, de cet amour qui est large, qui est profond, qui est élevé, rien ne pouvait le séparer, ni la faim, ni la tribulation, ni les préoccupations pour soutenir ses oeuvres, ni les contradictions, ni les attaques. 
Le Père Rafael suppliait instamment Dieu de ne pas le laisser mourir sans avoir fait un acte d'amour, parce que "la seule tristesse pour un homme est de mourir sans aimer". Aussi suppliait-il notre Seigneur Jésus de le baptiser dans l'amour. 
La preuve de l'amour pour Dieu, c'est l'amour pour l'homme. Personne ne peut aimer Dieu qu'il ne voit pas, s'il n'est pas capable d'aimer son frère qu'il voit, dit saint Jean. Le P. Garcia-Herreros aimait les hommes, et à travers eux il rencontrait Jésus Christ. Pour lui les hommes étaient les sacrements de l'amour de Dieu, les signes privilégiés de Jésus. Aussi disait-il: 
"Homme, mon frère, j'ai découvert que le secret pour être heureux est de t'aimer, et je voudrais le dire à tous, et je voudrais consacrer ma vie à ton service. Tu m'as enveloppé dans cet amour unique de Dieu. Tout ce que je fais pour toi, homme, je le fais pour l'Éternel, pour l'Infini qui est Dieu. Quand je t'aime je suis vraiment en train d'aimer Dieu, puisque la plus véritable expression de notre amour de Dieu, c'est notre amour de l'homme." 
Le Père Rafael se souvenait de la phrase de saint Jean de la Croix: "Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l'amour". Il se préparait à ce jugement, celui des hommes, celui de Dieu. Hier s'est ouvert ce tribunal pour le juger. 
Des témoins innombrables ont été appelés. Les journaux ont longuement évoqué sa mémoire. Le peuple de Bogota, en procession interminable, a défilé devant son cercueil, pour contempler le visage paisible de P. Rafael, qui, dans la paix, attendait le verdict. J'imagine que beaucoup d'hommes et de femmes, en passant devant lui, on pu penser: 
"J'avais faim et il m'a donné à manger, il m'a invité à sa table, il m'a donné du pain, il m'a trouvé du travail. J'avais froid, et il m'a accueilli dans sa maison, il m'a aidé à payer mon loyer, il m'a construit un logement. 
Hier la foule défilait, et les enfants qui se haussaient pour voir son visage, pensaient parfois: 
"J'étais un ignorant, et il m'a admis dans son école; il m'a fait la classe, il m'a enseigné à aimer le Christ et les hommes, il a rêvé d'une Université pour moi". 
D'autres diraient:  "J'étais séquestré, et il a aidé à me libérer, il s'est exposé pour que je retrouve la liberté. 
J'étais comme une brebis perdue, et il est allé à ma recherche, parce qu'il pensait que le bon pasteur doit tout faire pour que nul ne soit absent du bercail " 
Et tandis que sur la terre défile le cortège interminable, là- haut, dans la gloire, siège le tribunal, et le Juge Éternel déclare:
"Viens, béni de mon Père, car j'ai eu faim et tu m'as donné à manger, j'ai eu soif et tu m'as donné à boire, j'étais nu et tu m'as vêtu, malade, et tu m'as visité, perdu, et tu
m'as cherché, exclus et tu m'as donné le savoir...Viens, bon serviteur, entre dans la joie de ton Seigneur." 
Je voudrais vous dire que quand le Père Rafael est entré au séminaire, son papa lui a demandé de ne jamais être un prêtre riche. C'est ce qu'il a fait. Il a pris tout ce qu'il avait: son temps, son savoir, son amour, et l'argent que beaucoup lui confiaient, et il l'a donné aux pauvres. Il n'a rien gardé pour lui: il n'avait que  sa "ruana"; et sa richesse, comme pour saint Laurent, c'étaient les pauvres. Il n'a rien laissé, aucun bien matériel, aucun argent personnel. . . 
Et pourtant son oeuvre devra continuer. Nous n'avons rien que l'engagement de construire une Colombie nouvelle, et nous le confions à votre générosité. Ensemble nous pourrons continuer à construire des logements, des écoles, une université; ensemble nous poursuivrons l'évangélisation de la Colombie. Et ainsi se construira le plus beau monument que nous puissions élever au Père Rafael, avec votre aide, avec l'aide de tous les hommes de bien de notre pays. 
Amen  


UNE PRIÈRE DU PÈRE RAFAEL 
O Verbe Infini de Dieu, 
Je ne puis t'imaginer, mais je sais que tu es l'Unique Nécessaire. Je ne puis te demande de m'aimer Je n'en suis pas digne mais laisse-moi t'aimer.
Chaque pas me rapproche de Toi, Je ne sais comment sera notre rencontre, Je ne sais comment tu me submergeras, mais je voudrais que tous les hommes t'adorent, muets devant Toi.
Je voudrais que le Pape et que le Président, les évêques et les incroyants, les sages et les ignorants, les saints comme les pécheurs, que tous soient abîmés en Toi avant que de mourir, tous silencieux, tous tremblants devant Toi, comme l'ont vécu certains hommes de lumière, mais ils sont morts et n'ont pas d'héritiers, Il s'appelaient Eudes, Bérulle, Condren, Ils s'appelaient Crespel, Olier... et aussi Augustin, Bernard bien peu nombreux, mais, dans la mort, leurs yeux étaient ardents.
Je ne sais rien qu'un sanglot, qu'un cri, Mais je veux au moins te dire, à toi, mon frère, qui lis ces lignes et passes sur mon chemin,
Aime, aime même sans rien savoir, Ne pose pas de questions, Mais fais confiance aux paroles du Christ.
Multitudes qui allez vers les stades, Multitudes qui partez vers la guerre, Multitudes qui allez vers vos clubs, vos fabriques ou vos universités, ou vers la plage,
Faites silence.
Adorez, sanglotez, frémissez d'amour, Avant de mourir!

Sources : Cahiers eudistes n°16, “1643-1993 : 350 ans ", Vie et mort du P. Rafaël Garcia-Herreros , p.95